Comment annoncer un décès à un enfant: ce qu'il faut dire, ce qu'il faut éviter
- Lise

- il y a 1 jour
- 8 min de lecture
Comment lui dire ?
C'est souvent la première question que l'on se pose en tant que parent, entre le besoin de protéger son enfant et la certitude qu'il faut lui dire la vérité.
J'espère que ces quelques mots pourront vous éclairer.
Il y a peu de temps, j'ai appris qu'une amie avait perdu un proche, laissant derrière lui un petit de cinq ans. C'est pour elle, et pour tous ceux qui vivent ce moment, que j'écris ces lignes.
Annoncer la mort à un enfant n'est pas facile. Il y a souvent beaucoup d'appréhensions, d'autant plus que nous sommes nous-mêmes souvent en état de choc. Pourtant, la manière dont l'enfant apprend la nouvelle peut avoir un vrai impact sur lui, et sur la façon dont il vivra son deuil.
Bonne nouvelle : il n'existe pas de formule parfaite. Mais il existe des repères, adaptés à l'âge de votre enfant, qui vous aideront à traverser ce moment avec lui, et non à sa place.
Sommaire
1. Faut-il toujours dire la vérité ?
Par instinct, vous avez envie de protéger votre enfant, et c'est naturel.
"Il est trop petit",
"ça va lui faire trop de mal",
"il ne va pas comprendre",
"on lui dira quand il sera plus grand"…
Ces pensées sont compréhensibles. Mais le silence ou le mensonge crée presque toujours plus de dommages que la vérité.
Quand on ne dit pas la vérité à un enfant :
Les enfants sont des éponges. Ils captent tout : les larmes, les chuchotements, l'atmosphère qui change. Sans explication, votre enfant va naturellement combler ce vide par son imagination. Et elle est bien souvent plus angoissante que la réalité.
Ne rien dire, pour lui, c'est l'exclure. Comme si la mort était de sa faute, ou comme si vous ne lui faisiez pas confiance. Et s'il apprend la vérité plus tard, par hasard, par un proche, ou par vous-même, il sera plus difficile pour lui de vous faire confiance à nouveau.
Un enfant à qui on dit la vérité peut vivre son deuil et se sentir entouré. Un enfant à qui on ne dit rien peut avoir l'impression de vivre dans un mensonge, et souvent, seul.
2. Ce que comprend l'enfant selon son âge
La notion de mort évolue avec l'âge. Adapter son langage et son vocabulaire est essentiel pour que l'annonce soit vraiment reçue. Voici ce que j'ai pu observer, et vivre, quand mon fils est décédé.
Jusqu'à 4-5 ans, la mort comme séparation
L'enfant ne comprend pas encore le caractère définitif de la mort. Il peut demander "quand est-ce qu'il revient ?" ou "quand est-ce qu'il a fini d'être mort ?" et ces questions peuvent revenir plusieurs fois, sans que cela soit inquiétant, c'est sa façon d'intégrer, de comprendre. Il comprend l'absence, le manque, et se rend compte de la tristesse des adultes autour de lui.
Vers 5-6 ans — la mort comme un truc étrange
L'enfant commence à comprendre que la mort existe. Il l'a peut-être déjà expérimentée avec des insectes, par exemple. Mais il la croit souvent réversible, ou liée à quelque chose de magique. Il peut poser des questions très directes, sans filtre apparent : "que devient le corps au cimetière ?", "ça fait mal de mourir ?" ", "on peut enlever la pierre pour qu'il sorte ?" Ces questions, aussi déstabilisantes qu'elles puissent être, sont tout à fait normales à cet âge.
À partir de 6-7 ans — la mort comme une réalité
L'enfant comprend progressivement que la mort est définitive, et que malheureusement, tout le monde peut mourir... Ses grands-parents, ses parents, son chien, ses copains d'école. Et lui aussi. Cette prise de conscience peut générer des peurs intenses. Il sera important de le rassurer, d'expliquer avec les mots justes, par exemple en cas d'accident ou de maladie, lui dire que mourir d'un rhume ou d'un bobo, ça n'arrive pas.
Plus grand — la mort comme un adulte la comprend
L'enfant comprend la mort de façon quasi adulte. Même si les émotions peuvent le submerger, il va vouloir comprendre ce qui s'est réellement passé, parfois avec plus de détails. Il aura peut-être besoin d'être traité à la hauteur des adultes, d'être informé, consulté, inclus.
3. Comment formuler l'annonce
Pas de but en blanc. Pas brusquement.
Choisissez un moment calme, dans un endroit familier qu'il connaît bien. Prenez quelques instants pour vous avant, pour posez vos mots, réfléchissez à ce que vous voulez lui dire. Commencez peut-être par lui dire que vous avez quelque chose d'important à lui annoncer.
Et si vos larmes montent ? Ce n'est pas grave. Il comprendra votre tristesse, et s'autorisera à exprimer ce qu'il ressent lui aussi.
Ce que vous pouvez lui dire :
"Papa est mort. On ne le reverra plus. Son corps s'est arrêté de fonctionner pour toujours."
"C'est normal d'être triste, en colère, ou de ne rien ressentir du tout. Moi, tu vois, je suis triste."
"Tu peux me poser toutes les questions que tu veux. Et si tu en as d'autres plus tard, je te répondrai toujours."
"Ce n'est pas de ta faute. Ni ce que tu as pensé, ni ce que tu as fait. C'est à cause de [circonstances — maladie, accident…]"
"Je suis triste et ce n'est pas ta faute, c'est parce que ... est mort. Et on va traverser ça ensemble."
Ce qu'il vaut mieux éviter :
"Il est parti en voyage", "il dort", "on l'a perdu"
Pour un enfant, ces mots sous-entendent qu'il peut revenir, se réveiller, ou qu'on peut le retrouver. Ils créent de la confusion et de l'angoisse : la peur d'aller se coucher, la peur des au revoir, la peur de toute séparation.
"Il est dans un endroit merveilleux" ou "au paradis" sauf si cette conviction familiale est partagée et expliquée simplement. Attention cependant : le paradis peut donner envie et un enfant peut s'imaginer que son papa préfère être là-bas plutôt qu'avec lui. Posez vos mots, mesurez-les.
"Ne pleure pas, sois fort(e) pour maman" cela lui apprend à cacher sa peine, à être adulte trop tôt. Sa douleur mérite d'exister.
"Tu es grand(e) maintenant" trop de responsabilités, trop vite.
"On n'en parle plus" le silence ne protège pas. Il isole. Même un an après, votre enfant aura des questions. Si ce n'est pas le bon moment pour vous, vous pouvez lui dire : "J'ai entendu ta question, et on en parlera ce soir. Là, je ne peux pas te répondre pour l'instant." "Je ne sais pas, laisse -moi réfléchir et on en parle plus tard, d'accord? "
En cas de mort violente ou de suicide :
Dites la vérité, adaptée à son âge. Par exemple : "Papa est mort d'une maladie dans sa tête qui l'a rendu très, très triste. Il a fait ce choix. Ça ne veut pas dire qu'il ne t'aimait pas." Une vérité douce et encadrée vaut toujours mieux qu'un mensonge, sur le pourquoi, et parfois aussi sur le comment.
4. Après l'annonce, accompagner les jours qui suivent
L'annonce n'est qu'un moment. Et il y aura les obsèques... Le deuil, lui, prend du temps, et c'est vrai aussi pour votre enfant.
Ce qui va l'aider :
Maintenir les routines : l'école, les mêmes horaires pour les repas et le coucher. La régularité est déjà une sécurité pour lui.
Parler librement de la personne décédée : utiliser son prénom, partager des souvenirs.
Lui proposer de participer aux rituels funéraires, selon son âge et son souhait. Cela l'aide à réaliser, à dire au revoir, et à se sentir inclus dans la famille.
Répondre honnêtement aux questions, même répétées. La répétition, c'est leur façon d'intégrer.
Laisser de la place au jeu et au rire. L'enfant n'est pas en deuil de façon continue : et c'est tout à fait normal. Ne soyez pas surpris si, cinq minutes après l'annonce, il retourne jouer.
Informer l'école, pour que les adultes autour de lui soient attentifs et bienveillants.
5.Quelques idées pour accompagner votre enfant
Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon pour un enfant d'exprimer ce qu'il ressent. Les idées qui suivent sont des propositions, pas des obligations. C'est lui qui choisit, au moment où il en a envie. Il peut avoir envie d'une chose un jour, et de quelque chose de complètement différent une autre fois. Et c'est très bien ainsi.
La boîte à souvenirs
Une boîte que l'on décore ensemble, dans laquelle l'enfant choisit ce qu'il met : une photo, un objet qui appartenait à l'être cher, un tissu imprégné de son odeur, un dessin qu'il a fait de lui ou pour lui. Elle lui appartient. Il peut l'ouvrir quand il veut, y ajouter des choses, en retirer d'autres. C'est son espace à lui.
Le cahier à " ... "
Un petit carnet où l'enfant dessine, ou dicte à un adulte ce qu'il a envie de dire, ses questions, ses souvenirs, ses "tu me manques". Ce n'est pas fait pour être lu par d'autres. C'est juste pour lui, et pour celui qui lui manque. On peut aussi l'appeler autrement, selon ce qui résonne pour l'enfant.
Planter quelque chose ensemble
Une plante, un bulbe, un arbre. L'enfant s'en occupe, il voit quelque chose grandir. C'est une façon très concrète de garder un lien vivant. (Je vous recommande https://www.lesflories.fr/ que vous pouvez retrouvez dans la box Réconfort & Soutien)
Son album photo à lui
Des photos imprimées, qu'il peut tenir dans les mains, feuilleter, coller, découper, écrire dessus ou au dos. Ce sont ses photos : il en fait ce qu'il veut. S'il les abîme, ce n'est pas grave : on peut toujours en réimprimer d'autres. L'idée, c'est qu'il se les approprie vraiment.
Les proches ou la maman peuvent écrire de courtes phrases au dos : "Le jour où ton papa t'a appris à faire du vélo", "Là tu avais deux ans et il était si fier de toi"... De petits souvenirs qu'il découvrira à son rythme.
Dire bonne nuit à papa — ou un autre rituel du soir
Certains enfants aiment avoir un moment dédié le soir, allumer une bougie, regarder une photo, envoyer un bisou en l'air. Cela peut devenir un rituel doux et rassurant. Mais là encore, c'est à proposer, pas à imposer. Si l'enfant n'en a pas envie ce soir-là, ou n'en parle pas, c'est bien aussi.
Toutes ces idées sont des portes ouvertes. Certaines lui parleront, d'autres non. Certaines aujourd'hui, d'autres dans six mois. L'essentiel, c'est qu'il sache qu'il a le droit d'exprimer ce qu'il ressent — à sa façon, à son rythme, sans que rien ne lui soit imposé.
Prendre soin de vous aussi.
Être un parent endeuillé et accompagner son enfant en deuil en même temps, ce n'est pas une chose simple. L'essentiel, c'est de ne pas laisser l'enfant seul face à quelque chose qu'il n'a pas les mots pour nommer.
Si vous avez besoin de soutien, en tant qu'accompagnante au deuil, je travaille avec des adultes et des familles pour traverser ces moments avec plus de douceur et de clarté. Si vous avez des questions, vous pouvez réserver un appel découverte ici :
Pour toi, A. qui j'en suis sûre fera suivre cet article:
Je pense très fort à ce petit garçon qui a perdu son papa.
Et j'espère sincèrement que ces lignes pourront apporter un peu de lumière aux adultes qui l'entourent et l'accompagnent au quotidien. Avec tout mon soutien.
Lise




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